Désolé pour cette locution, je n’en ai pas trouvé d’autres qui puisse exprimer la stupeur toute languedocienne qui est la mienne. J’aurais pu écrire « Inouï ! » mais ça n’a pas le même charme, j’avoue. Cela aurait été plus compréhensible, mais ça manquait de ce côté pétillant et mystérieux. Je suis un Occitan, alors j’assume !
Donc de quoi je parle ? Il s’agit d’un dossier comme on en a rarement dans sa vie professionnelle, que m’envoie un client, qui semble comme cela tout lisse, tout propret. Toutefois, le client se dit que là, là, là, il y a comme un défaut ! Son dossier le turlupine au point qu’il n’en dort pas bien la nuit. Il sent bien qu’il y a quelque chose qui cloche mais il ne sait pas exactement où ni quoi. Mais « I a quicòm que truca» comme on dit chez nous de manière toute aussi fleurie. Donc autant le confier à un professionnel qui va bien arriver à comprendre ce qui ne va pas.
Je prends le dossier, l’étudie et effectivement, Fernand Raynaud en 1962 avait raison : « Y’a comme un défaut ! ». Tiens, là, on dirait qu’il y a un petit bout à gratter du bout de l’ongle. C’est le moment de le gratouiller, on verra bien ce qui peut en sortir. Peut-être rien, peut-être tout.
C’est le moment aussi de vous expliquer ce qu’est un chichourle. En languedocien, on désigne ainsi le jujubier. Mais comme en latin le jujubier se dit « zizyphus » ou « ziziphus », vous voyez très vite à quoi les Languedociens ont pensé, comment ils sont passé du jujubier et de son petit fruit à autre chose réputé relativement inactif, voire atrophié. Je ne vais pas vous faire un dessin, vous avez compris.
Un « fant de chichourle » autrefois désignait tout d’abord une absence de contrat religieux ou civil de mariage. On est en Occitanie, passer un contrat, aller chez le notaire est un geste naturel, même si c’est pour qu’il écrive qu’il n’y a aucun bien. Alors ceux et surtout celles qui ne le font pas sont regardé d’un œil torve. De là on est passé à une femme de mauvaise vie dont tout un chacun ignorait, ou voulait ignorer, qui était le père de ses enfants. Comme le jujubier, les branches généalogiques étaient inégales et remplies d’épines. Quant au jujube, de la taille d’une olive, il est d’abord verdâtre puis jaunâtre pour finir couleur rouille. D’où les interrogations et supputations sur l’enfant du chichourle. Peu importe les capacités de cet enfant, il avait une tare au début qui masquait tout le reste.
C’est devenu un juron, peu connu, voire parfois considéré comme désuet, pouvant exprimer toutes sortes de vives émotions. D’aucuns préfèrent le remplacer par un « Oh putain con ! » très sonore mais il n’y a pas à dire c’est moins joli.
Revenons à notre dossier. On a donc un petit truc là, qui semble insignifiant, mais sait-on jamais ! Personne ne l’a jamais travaillé par ce petit bout. C’est le moment de tirer pour voir si on peut dévider la pelote. Et, fant de chichourle ! je trouve une information, qui renvoie vers une autre, puis une autre encore. Le bon numéro a été tiré ! Ça explose de partout façon feu d’artifice ! Le généalogiste que je suis s’enthousiasme des découvertes effectuées, je me transforme en Woody Woodpecker riant ou en loup de Tex Avery qui se met des coups de marteau pour calmer ses ardeurs devant l’arrivée de la pin-up, le client est tout aussi ravi de la prestation au fur et à mesure que je l’informe des découvertes. Bref, c’est l’extase façon Sainte Thérèse d’Avila !
C’est souvent un dossier rare, exceptionnel et marquant dans une vie professionnelle. Qui vous fait comprendre pourquoi vous êtes professionnel et le pied que vous pouvez prendre à effectuer des recherches pour autrui, à leur donner du bonheur, de la joie et toute autre émotion du même genre. Un dossier inouï entre vos mains, où vous avez rebondi de site d’archives en site d’archives, qui vous a même permis d’apprendre à utiliser au mieux certains fonds que vous ne connaissiez pas ou peu (un généalogiste, même professionnel, ne connaît pas tous les fonds de tous les services d’archives de France et de Navarre). Un vrai bonheur façon « Première descente aux Enfers par la face Nord » si bien chanté par Hubert-Félix Thiéfaine (sur des paroles de Christian Descamps du groupe Ange) la première fois que vous l’écoutez ! Ce qui n’est pas peu dire !




2 réponses à “Un dossier « Oh fant de chichourle ! »”
Bonjour vous nous avez donné l’eau à la bouche, maintenant on voudrait savoir ce qu’il en retourne !!?
Je vous imagine bien en loup d’Avery
Bonjour,
Merci pour votre commentaire. J’ai un dossier comme cela actuellement mais il est en cours et je ne peux en parler sans l’accord de mon client. En tout cas, chaque fois que nous trouvons une information, le dossier est rebondissant.
Mais j’en ai eu d’autres où quand le fil de chaîne était tiré, le fil de trame modifiait complètement le dessin du tissu. Où on pensait fabriquer de la soie, eh bien non raté ! Cela devenait du jean ! Pas tout à fait la même matière.
Je vous en dirais plus si vous êtes sages, tous, le 13 juin.