Avec Olivier mon coach, nous revenons régulièrement sur le passage dans l’entreprise de Fabien, mon ancien associé. Il se rend compte, et moi aussi, les modifications parfois profondes, du point de vue humain mais aussi entrepreneurial, que son passage dans l’entreprise a pu entraîner. Pourquoi sommes-nous revenus sur ce sujet ? Simplement parce que j’envisage, avec Anne, un tournant important dans l’entreprise (même si c’est moi le patron comme elle me le rappelle et que donc c’est moi qui prend les décisions mais je la fais toujours participer à la prise de celles-ci car avoir un deuxième avis est, il me semble toujours intéressant). Et que donc il vaut mieux connaître, d’un point de vue entrepreneurial et humain, ce qui s’est passé.
Cela m’a permis d’apprendre ce qu’il ne faut plus que je fasse. Même si c’est plus facile à dire qu’à faire. J’ai beau être entrepreneur depuis plusieurs années, il m’arrive de commettre toujours des erreurs. C’est plutôt rassurant à savoir. Reste à les comprendre, les analyser afin de les éviter à nouveau dans l’avenir. Et Olivier, mon coach, me titille pour aller en profondeur, transformer ma colère contre moi-même en pardon vis-à-vis de moi-même. Je ne suis qu’un être humain après tout !
Je sais que l’une d’elles est de me laisser parfois submerger par mon émotionnel. Je suis, beaucoup, dans l’empathie et cela peut parfois me jouer des tours. Je peux, beaucoup, ressentir ce que l’autre ressent. Je travaille, beaucoup aussi, dans la sympathie, même si c’est moi le chef. Je fais attention à ce que les relations dans l’entreprise se passent bien. J’ai vécu des situations de harcèlement quand j’étais salarié et elles m’ont marqué. Je peux être aussi dans la compassion, partager les souffrances de l’autre en lui proposant une épaule pour qu’il puisse s’y appuyer mais en restant à l’extérieur de sa souffrance. Tout cela fait partie de ma personnalité. C’est une qualité dans le travail mais si je n’y fais pas attention, cela peut se transformer en défaut.
Revenir sur ce qui s’est passé il y a quelques mois m’a permis de savoir que je travaille mieux, plus facilement, avec des femmes qu’avec des hommes. Donc, comme nous avons besoin, Anne et moi, que quelqu’un nous fasse du commercial (je ne suis pas encore complètement remis de la fatigue enclenchée par mon hernie et par mes problèmes de santé précédents, conduire m’est encore compliqué par suite de l’opération, nous avons les mémoires à corriger, les cours à revoir et à modifier), ce sera une femme qui sera choisie et pas un homme. Nous avons une de mes anciennes étudiantes en vue à ce sujet. Il n’y a rien de discriminatoire là-dedans, simplement j’ai appris que je travaille différemment, avec les femmes qu’avec les hommes. C’est un exemple mais c’est important de savoir que mon émotionnel n’est pas au même niveau dans un cas que dans l’autre. Et que s’il est trop considérable, trop notable, je travaille moins bien.
Autre exemple : ne jamais cesser de faire de la prospection et ne pas oublier que tous les clients sont importants, qu’il ne faut pas se dire qu’au prétexte que certains rapportent moins financièrement que d’autres, alors ils peuvent attendre. Parce que ça c’est une erreur. La réputation de l’entreprise se bâtit à partir de tous, pas seulement sur certains au détriment des autres. Aucun client ne peut attendre, tous sont nécessaires. Tous peuvent nous faire un bouche-à-oreille. Un client satisfait en parle à sept personnes, un client mécontent à douze. C’est ce qu’on m’a appris il y a 25 ans déjà.
Pendant un temps, quand Fabien était là, nous avons eu un client qui nous proposait de nombreux contrats mensuels. Au point qu’il est devenu notre client principal, que je faisais beaucoup de facturations mensuelles pour lui (puisque c’est moi qui m’occupais, et qui m’occupe toujours, de cela dans la société). Quand Fabien est parti, ce client nous a lâché assez vite après son départ. Ou plutôt, nous sommes passés de beaucoup à très peu de commandes, soudainement, sans explications vraiment valables de sa part. Existe-t-il un lien de cause à effet ? Je ne sais pas. Mais ce client faisait plus de 20% de notre CAHT. Il a fallu du coup un temps pour relancer la prospection et qu’elle redevienne efficace. Il occupait tellement de notre temps de travail que j’avais omis de continuer à prospecter alors que ce temps de prospection doit être important dans mon temps de travail. C’est une erreur à ne pas commettre et je m’en rends compte. Maintenant. Peut-être parce que cela ne m’était jamais arrivé auparavant.
De même, cela m’a appris que j’étais capable de me mettre des freins dans mon métier. Qu’il fallait cesser les tabous dont je n’avais pas forcément conscience. Je viens de me rendre compte qu’avant son arrivée, il y avait eu plusieurs exemples de recherches qui ne s’étaient pas forcément pas bien terminées et que du coup, je me les étais interdites. Inconsciemment. Alors qu’en fait, grâce à lui, j’ai obtenu qu’elles se déroulent bien mais qu’il faut que je les mène de bout en bout. Il m’a permis d’acquérir une méthodologie que je n’avais pas. En cela, il m’a donné confiance.
Le passage de Fabien dans l’entreprise m’a beaucoup appris de ce fait. J’ai l’impression d’être un peu comme Paul Atréides. C’est parce qu’il a reçu l’éducation Bene Gesserit de Jessica, sa mère, que Paul, devenu Usul ou Muad’Dib, a pu conscientiser les transformations que l’Épice apporte à son corps et à son esprit quand il se rend compte qu’à Arrakis il y en a partout, non raffinée. Et qu’il peut maîtriser celles-ci pour devenir le Kwisatz Haderach que cet ordre attend depuis 90 générations, qu’il peut boire l’Eau de la Vie et être le seul mâle à y survivre. Sans oublier le rôle de mentor qu’a joué Stilgar pour cela ou l’amour de Chani, sa Sihaya, bien évidemment. Le passage de Fabien m’a permis de conscientiser des points importants de qui je suis en tant qu’entrepreneur. Peut-être que sans lui, et sans le travail que j’accomplis maintenant avec Olivier mon coach, cela n’aurait pas été possible. J’ai l’impression grâce à lui d’avoir mûri dans mon rôle d’entrepreneur.



