Avez-vous lu la note de Généinfos sur l’amnésie collective annoncée ? Très intéressante. J’y ai mis un commentaire mais j’aimerais développer un peu plus ce dont parle cette note, rebondir plus encore. J’ai une formation d’archiviste-documentaliste. Et au cours de ma formation, j’ai rédigé un mémoire sur le nettoyage des documents. Pas mon meilleur mémoire de fin d’études, il faut bien le reconnaître. Toutefois, cela m’a permis de faire un stage dans un service de restauration de documents et d’aller faire des recherches à la bibliothèque du Centre de Recherches sur la Conservation des Documents Graphiques. Cela m’a sensibilisé relativement tôt à cette question de perte de documents. Comme je l’écris dans mon commentaire, nous serons, je le crois sincèrement, la « période obscure de l’Histoire ». Pierre Bonhomme, dans son avant-propos de l’ouvrage de Bertrand Lavédrine sur la conservation des photographies, a titré celui-ci ainsi : Mériter le patrimoine. Qu’ya-t-il de plus précaire que le papier ? Pour résoudre cette précarité de nos papiers acides, de nos papiers bois, l’homme a essayé d’inventer de nouvelles solutions. La solution informatique en est une, sauf que nous changeons souvent de support. Carte perforée (qui est encore capable de les lire ?), disquette, CD, disque dur externe… A chaque fois, nous ne transférons pas toutes les données d’un support vers l’autre. Ce qui n’est pas transféré est perdu. Qui a conservé les vieux modèles de nos ordinateurs en bon état de marche ? Qui a conservé les vieux programmes qui allaient avec et qui permettaient de les faire fonctionner ? Ne rêvez pas, personne ! Soyons réalistes ! Une durée de vie des supports qui n’est donc pas éternelle. Mais ce n’est pas tout. Quand je faisais mes études, on nous disait qu’il fallait faire du tri. Les archives contemporaines cela se trie. Dans toutes les Archives Départementales, il existe des salles de tri. On a mis en place des tableaux de tri depuis les années 60. Les archives, elles ont désormais un âge, un cycle de vie : Archives actives : recours permanent au dossier. Archives semi-actives : période de moindre utilisation du dossier. Archives définitives : ne concerne qu’une faible partie de documents dont l’existence est éternellement prolongée, les autres pièces jugées sans valeur sur le plan historique étant détruites. Jugées sans valeur sur le plan historique : Mais nul ne sait comment les documents que nous produisons seront regardé dans un siècle ou deux et quel sera le regard qui se posera sur eux. Et si les documents que nous trions actuellement devenaient utiles dans le futur ? Qu’en savons-nous vraiment ? Ne serions-nous pas des avatars de Prométhée ?