Il y a des moments où on se demande si les officiers d’état civil percutent comme il faut. En faisant mes recherches, je tombe sur la commune de Puylaurens, dans le Tarn, sur un acte de naissance intéressant dans le genre « prenez-nous pour un âne, vous aurez du foin ». C’est la sage-femme qui fait la déclaration à la place de la mère. Cette dernière s’appelle Jeanne Pech et en cette année 1814, elle accouche seule d’une fille. Elle dit à la sage-femme qu’elle est célibataire et qu’elle veut que sa fille porte les prénoms de Marie-Anne Latger. Le dernier prénom est pour le moins curieux et c’est lui qui a éveillé mon attention. Marie-Anne Latger, née de père inconnu. Vous le croyez, vous ? Moi pas du tout. Le père est parfaitement connu et il est même nommé par la mère. Ce qui me le fait dire : Latger. Ce fameux prénom bizarre. En effet, Latger est un nom de famille. D’une famille qui justement habite Puylaurens et qui justement fait des enfants dans les mêmes années. Et si le sieur Latger, marié bien comme il faut, était allé voir si ailleurs l’herbe était plus verte ? Pas de précaution pour l’époque donc grossesse possible pour la jeune fille séduite. Jeune fille qui, une fois engrossée, sait parfaitement que son amant ne pourra pas se marier avec elle, puisqu’il est déjà marié, ne pourra pas légitimer son enfant et qu’elle sera toute sa vie considérée comme une fille-mère, une moins que rien, une Marie-couche-toi-là. Le meilleur moyen alors de signifier la parenté avec le père c’est de donner son patronyme comme deuxième prénom à l’enfant. Née de père inconnu, certes, officiellement, mais pas tant que cela en fait.



