Un de mes clients m’a demandé il y a quelques temps de vérifier une généalogie qu’il avait trouvé dans une revue. Il était tout content : le généalogiste qui avait établi celle-ci lui disait qu’il descendait d’une bâtarde inconnue de Henri IV. Qui plus est, il donnait des dates, des noms de notaires, des cotes plus ou moins précises mais faciles à retrouver. Ce qu’il voulait en me demandant de vérifier cette généalogie, c’était de pouvoir lui fournir les preuves. Il était en train de rédiger l’histoire de sa famille, pensez si cela était important : il descendait de Henri IV ! Ce n’est pas donné à n’importe qui ! La réalité s’est révélée toute autre. Rien de ce qu’avait écrit le premier généalogiste ne s’est révélé exact. Mais absolument rien. Tout avait été inventé de la première à la dernière ligne, y compris les cotes d’archives. Tout ! Quelle déception pour mon client, même si ce que je lui ai découvert par ailleurs, la véritable généalogie, lui a fait plaisir. Mais pas de bâtarde inconnue de Henri IV ! Lui qui avait commencé à échafauder le plan de son ouvrage à partir de cela, il devait tout recommencer. J’ai donc qualifié auprès de mon client l’autre généalogiste de « faussaire ». Quand on invente tout, y compris des preuves, on est bien dans ce domaine-là il me semble. Je pense même que juridiquement cela peut avoir des conséquences. Je ne trouvais pas, à ce moment-là, mon opinion mal venue. Autant prévenir la communauté généalogique, si elle ne le savait déjà, qu’il fallait se méfier comme de la peste d’écrits de tel généalogiste. J’ai alors appris que nous étions plusieurs à nous en méfier, principalement dans le Midi de la France. Que d’autres généalogistes avaient essayé de trouver les preuves qu’il annonçait mais que rien, absolument rien, à chaque fois, n’avait été trouvable. Bref, un loup blanc ! Mais j’ai appris aussi que d’autres le soutenaient pour diverses raisons. Et que surtout, dénoncer un « faussaire » en généalogie pouvait être une action courageuse (après tout si je n’ai pas de preuves certaines, il peut m’attaquer en diffammation) mais aussi quelque chose considéré comme un jugement de valeur. Où est alors le vrai ? Quelle est la meilleure action : se taire ou pas ? J’avoue que je ne sais pas. Mon coeur me dit de dénoncer, ma tête raisonne en terme d’ennuis possibles. Qu’auriez-vous fait ?



