Jean-Yves Baxter, dans une de ses notes, parle d’un article très intéressant, article en anglais, sur les conséquences de la mise en ligne des archives d’Irlande sur le tourisme généalogique. Je n’ai pas encore lu tout l’article que je suis allé chercher sur le Net. Mais les quelques chiffres que j’ai vu me parlent énormément. L’auteur montre que la mise en ligne a eu une conséquence inattendue, involontaire, voire même surprenante. En 2000, l’Irlande recevait 116 000 touristes généalogiques, des gens donc qui venaient en Irlande, qui se déplaçaient uniquement pour chercher leurs ancêtres. Une fois les archives en ligne, ce chiffre est tombé à 45 000 personnes en 2004. La généalogie peut donc être un moteur de l’économie locale. Les personnes qui viennent chercher leurs ancêtres consomment sur place un minimum. Ils ne viennent pas forcément louer une chambre d’hôtel. Ils peuvent venir avec leur camping-car (j’en ai vu quelques uns camper ainsi sur le parking des Archives du Tarn). Mais ils consomment, ne serait-ce que l’essence, la nourriture s’ils restent plusieurs semaines, quelques sorties. Peut-être la location d’une place de camping. Les archives sont en ligne. Ils ne se déplacent plus car ils n’en ont plus besoin. Avec l’ADSL, se connecter ne coûte quasiment plus rien, beaucoup moins en tout cas qu’un déplacement à prévoir et à organiser. En outre, plus besoin de se poser la question des horaires des salles de lecture, des réservations, des attentes entre deux levées. C’est vraiment du sur-place, chez soi, dans un fauteuil. Mais il manque tout le contact humain avec les autres lecteurs, contact qui me paraît quand même primordial car les « autochtones » conaissent l’histoire de leur département et peuvent ainsi donner des pistes de recherche rien qu’en entendant un nom de famille. 70 000 personnes en moins sur l’Irlande en si peu de temps, personnellement, je trouve cela énorme. La question que je me poserais si j’étais un organisme de tourisme serait la suivante : comment les faire revenir ? Qu’est-ce que je peux leur proposer qu’ils ne trouveraient pas chez eux, en tapotant sur leur clavier ? Comment puis-je rendre à nouveau la généalogie attractive touristiquement parlant ? Protéger les documents originaux en les numérisant, d’accord. La mise en ligne est-elle vraiment obligatoire, économiquement parlant ? Qui a mené une réflexion sur ce sujet en France ? A ma connaissance, pas les conseils généraux ni les Archives, à moins qu’ils ne veuillent se débarrasser des généalogistes amateurs qui « encombrent » leurs salles pour réserver celles-ci aux « vrais » chercheurs. Riez pas, je l’ai déjà entendu dire. Cela me semble être un retour en arrière ringard et d’arrière-garde. La solution des Archives de la Haute-Savoie est alors peut-être la bonne : en ligne certes mais payant. Celle des Archives de l’Aveyron peut en être une autre : numériser et vendre les Cd-Roms commune par commune, mais alors à un prix pas trop attractif mais pas trop repoussant non plus. Et si c’était une réflexion à proposer à nos politiques ? A partir des statistiques des chercheurs amateurs hors-départements de toutes les salles de lecture par exemple. Les chiffres doivent se trouver assez facilement. En faisant une recherche croisée au minimum avec des spécialistes du tourisme, on devrait pouvoir convertir cela en nuitées. Non ?