En 1981, Philippe Zalmen Ben-Nathan a soutenu une thèse de doctorat à l’Université de Toulouse Le Mirail portant sur La vicomté de Lautrec aux XIIIe et XIVe siècles : aspects économiques et sociaux du pouvoir public en Albigeois médiéval, sous la direction de Philippe Wolff. Il enseigne actuellement en Israël. En 2002, dans Les Annales du Midi, il a publié un article sur les origines de la famille de Toulouse-Lautrec, notamment sur le fameux passage des Lautrec aux Toulouse. C’est un résumé de cet article que je vous propose aujourd’hui. A partir du XVIIe siècle, une tradition historique s’est mise en place : lors de la Croisade contre les Albigeois, la famille de Lautrec serait tombée en quenouille et aurait laissé place à une nouvelle famille : les Toulouse-Lautrec. Vers 1196 Alix de Lautrec, l’héritière de cette lignée de quatre siècles et demi, se serait mariée avec le frère du comte de Toulouse : Baudouin. Vu comment la maison de Toulouse a fini, il semble à l’auteur que les chroniqueurs de l’époque n’auraient pas manqué d’en parler. Or il n’en fut rien ! Philippe Zalmen Ben Nathan, au cours de ses recherches, a découvert une généalogie de cette famille, oeuvre de l’archiviste et chroniqueur fuxéen Michel du Bernis. Cette généalogie est plus ancienne que la tradition du XVIIe siècle : elle date en effet des années 1455. Cette généalogie se trouve aux Archives Départementales des Pyrénées Atlantiques. C’est la plus ancienne actuellement connue (et la plus méconnue des auteurs, quels qu’ils soient, qui ont rédigé un jour sur cette famille). Michel du Bernis est réputé pour être quelqu’un d’absolument fiable dans ce qu’il affirme, s’appuyant sur les documents en sa possession. Cette généalogie permet de démontrer que, le mariage d’Alix de Lautrec et de Baudouin de Toulouse réel ou supposé, le lien avec la famille de Toulouse ne se fait pas par eux. Les enfants supposés de ce couple sont, selon Michel du Bernis, les enfants de Frotard III de Lautrec, donné par tous les auteurs comme mort sans postérité. Ce fait appelle en moi une autre réflexion : toujours vérifier à la source les dires des personnes. Ne pas se contenter de ce qu’ils affirment. Il n’y a que comme cela que la généalogie peut avancer, progresser et que des mythes peuvent s’arrêter ou ne plus se répandre.