En généalogie, ce que je trouve toujours très pratique ce sont les mariages entre cousins. Si je vais en série G, dans les archives de l’officialité diocésaine, je peux espérer trouver l’enquête de dispense et donc un tableau généalogique. Mais pourquoi ces mariages consanguins existent-ils ? Une explication peut se trouver par l’approche du sang. Je m’explique. Dans le mariage consanguin, l’échange se fait dans le groupe familial, un groupe forcément restreint. S’épouser entre soi, c’est être quasiment certain du pouvoir économique et symbolique que possède l’autre. Cela réduit au maximum l’incertitude. C’est créer une sécurité qui n’existe pas, qui ne peut pas exister avec l’étranger. Se marier entre soi implique peut-être aussi le refus d’une autre image. Le cousin nous renvoie notre propre image, met en place un effet de miroir. Mais ce cousin est-il intéressant parce qu’identique ? Le mariage consanguin a peut- être une raison idéologique qui serait la préservation d’un patrimoine familial et symbolique transmis par le sang. D’après Pascale Gleize, le sang a la propriété de véhiculer des caractères prédéterminés, de les transmettre d’une génération à l’autre et de les distribuer variablement. Un mariage entre cousins affaiblit le sang, le sang deviendrait souillé, impur pour les descendants des cousins. Mais mélanger deux sangs, n’est-ce pas aussi affaiblir la pureté de son sang ? Le sang du parent est connu, pas celui de l’étranger. Epouser un non-parent pourrait abâtardir le sang, dilapider le capital biologique. On est alors assez proche du mythe du sang bleu. En outre, selon l’ordonnance royale de 1484, renouvelée en 1583, il faut trois générations pour que les descendants d’un roturier annobli puissent prétendre à la noblesse de race. Trois générations pour que, par une subtile alchimie, la qualité du sang soit épuré, pour que la grandeur et le caractère particulier de la personnalité noble soient transmis. Ce qui pourrait expliquer pourquoi les alliances consanguines avec les cousins issus de germains ne sont pas désapprouvées, pourquoi elles sont recherchées. Si trois générations suffisent pour épurer le sang, alors ces unions ne posent plus le risque d’apparition de tare nouvelle. Mais tout cela devrait être prouvé et ce n’est pas une mince affaire.