Pierre-François Picaud ! Ah là là ! On peut dire qu’il en aura fait baver des ronds de chapeau au DU de cette année celui-là. Il faut dire qu’au départ, nous pensions que le Diamant et la Vengeance était un récit véridique, historique et qu’il suffisait de le prouver en consultant les archives du Gard. Et puis cela s’est avéré un peu plus compliqué. Voire même beaucoup plus compliqué que prévu. Et beaucoup plus frustrant aussi ! Que pouvons-nous dire en fait au fur et à mesure des séances ? Nous avons non pas un récit historique mais plus vraisemblablement un deuxième roman dans lequel il y a des bribes de vérités. Je parle bien de deuxième roman et non de faits prouvés et véridiques. Quelles bribes de vérité ? 1/ Allut, le nom d’un des protagonistes, est bien un nom du Gard. L’origine est même ciblée à la ville de Durfort-Saint Martin de Sossenac. Bon, on a bien un petit problème encore. Les Allut sont des protestants. Alors pourquoi un protestant, avant de mourir, se confesserait-il auprès d’un prêtre catholique ? Mettons-nous alors dans les chaussures d’un Allut non anglophone et qui a besoin à Londres du pardon rédempteur. Il est protestant mais un prêtre catholique sous la main, pour un bigot ou un joueur (qui parie sur les chances d’un possible jugement dernier dans son contexte de criminel) c’est peut-être mieux que rien. Le prêtre acceptant sous condition qu’il accepte le baptême et qu’il abjure les hérétiques, c’est jouable. Mais y a-t’il ne serait-ce qu’un Picaud à assassiner ? 2/ Un hôtel du Luxembourg a bel et bien existé à Nîmes à l’époque des faits. 3/ Chaubard, nom d’un autre des protagonistes, est un nom qui a aussi existé dans le Gard, dans les Cévennes, là encore on peut cibler les communes. Mais rien, nada, que dalle, en faisant des recherches dans celles-ci de manière approfondie. 4/ Nîmes est une ville du compagnonnage cordonnier. Picaud, cordonnier de chambre, a pu donc y passer. 5/ Carl Schack Rantzau-Ascheberg, le Danois à qui un autre Danois vient rendre visite entre 1815 et 1828, a bien vécu dans les environs d’Avignon où il est d’ailleurs enterré. 6/ le duc de Rovigo a bien été ministre de la police. De ça, nous sommes absolument sûrs. Ensuite, nous avons des incompatibilités : 1/ les dates qui ne correspondent pas à la réalité historique. Notre Danois est mort en 1789, il est donc impossible de lui rendre visite entre 1815 et 1828. Le duc de Rovigo est ministre de la police de 1810 à 1814, il ne peut donc pas donner son accord pour l’enlèvement de Picaud en 1807 (il est alors en Russie ambassadeur auprès du Tsar). 2/ le montant de la dot de Marguerite (Thérèse) Vigouroux et son mariage avec un cordonnier en chambre (Picaud) ou un cafetier (Loupian). 100 000 francs pour une dot ? Vous êtes sûr ? Non parce que pour l’époque, c’est quand même une somme énorme ! 3/ Guilhem Solari : Autre protagoniste de l’histoire. Prénom occitan et nom corse ou italien, peu probable. Soit le prénom est Guglielmo, soit le nom n’est pas celui-là mais a été déformé. Et là quel est le bon nom ? Difficile à savoir. Pas de Solari à Nîmes avant 1862. Jacques Peuchet est-il l’auteur du Diamant et la Vengeance ? Là, personnellement, je commence à avoir un doute. D’abord parce qu’en 1837-1838, année de la parution, il est mort depuis 7 ans déjà. Ensuite parce que nous avons deux autres auteurs possibles, dont un est un faussaire notoire. Bref, de ce côté-là aussi, du taf en perspective. Foutu Picaud ! Des ronds de chapeau je vous dis !



